Sébastien Gouspillou : Interview d’un mineur de Bitcoin français

Dans un entretien accordé à Cryptonaute, Sébastien Gouspillou, cofondateur et président de Bigblock Datacenter, est revenu sur son activité, son nouveau centre minier au Kazakhstan et sur Bitcoin plus généralement.

 

En 2017, Sébastien Gouspillou a cofondé Bigblock Datacenter, une société française spécialisée dans le minage de crypto-monnaies.

Installée à Orvault près de Nantes, la startup exploite aujourd’hui des machines dans 3 autres fermes minières autour du monde : à Almaty au Kazakhstan, à Irkutsk en Russie et à Odessa en Ukraine.

 

Quand vous êtes-vous intéressé au bitcoin la première fois et que faisiez-vous avant de créer Bigblock Datacenter ?

Mon apprentissage à été long, j’ai découvert Bitcoin dès 2010 et ça ne m’a pas du tout parlé. Mais c’est resté, je suis revenu sur le sujet en 2013, et ai fini par comprendre son importance en 2015 après m’être beaucoup intéressé à la diversité monétaire. Avant le mining, j’étais en charge du développement d’Asia Plantation Capital pour l’Europe, groupe pour lequel je suis resté consultant.

 

Pouvez vous nous en dire plus sur votre activité ?

Le mining de BTC est notre spécialité, nous avons une approche globale de cette industrie nouvelle totalement liée au marché mondial de l’électricité. Nous anticipons depuis un an une redistribution des cartes du mining mondial à l’œuvre en ce moment, et nous tenions prêts à participer activement pour permettre une nouvelle décentralisation de la puissance de calcul.

En parallèle, nous avons chez Hashlabs (notre société kazakhe)  une équipe de développeurs de grand talent qui ont mis au point un firmware de gestion des asics nous assurant un avantage considérable. Ces mêmes développeurs travaillent avec JF Augusti (CTO BigBlock) au développement de « la Poule BTC », notre grand projet. Nous allons proposer la première solution open source professionnelle pour les pools BTC, une solution logicielle sûre et à haut rendement, à diffuser au profit de la communauté.



Vous avez récemment ouvert une nouvelle structure au Kazakhstan, pourquoi avoir choisi ce pays ?

Bien sûr, le fait que le Kazakhstan ait une attitude positive vis-à-vis des cryptos a été décisif et il s’est avéré que nos interlocuteurs locaux étaient agréables et efficaces.

Mais on a plus choisi la région, voire très précisément le terrain, que le pays en lui-même. Les opportunités sont très localisées, elles dépendent de la disponibilité d’électricité pas ou mal vendue, et nous tenions à de l’énergie verte.

Après des mois de recherches en Asie centrale et ailleurs, ce site, découvert par notre associé Robert Corby s’est imposé à nous comme une opportunité unique : en face du transformateur haute tension du barrage de Kapshagay, entre un champ éolien et une ferme solaire, nous étions à notre place.

Nous avons obtenu un prix de MW inférieur à celui de 80% du mining mondial, c’était notre objectif, alors on s’est accrochés pour rendre tout cela possible ; nous avons eu la chance de pouvoir nous porter acquéreurs du terrain et de son transformateur 15 MW, nous avons fait immatriculer Hashlabs à Almaty, et avons déposé le permis de construire avec succès. Maintenant, nous attaquons les travaux.

La ville d’Almaty au Kazakhstan

 

Dernièrement, un professeur de finance à l’Université de Santa Clara déclarait que bitcoin semblait entrer dans “une spirale de la mort“. Une publication qui vous avait fait réagir. Qu’en pensez-vous ?

Qu’il aurait dû s’abstenir de travailler pour produire une hypothèse que tous les mineurs qui ont un expert-comptable ou un DAF un peu curieux se sont déjà vu opposer. Eux envisagent un bitcoin à 100$, pas nous, sinon nous n’entreprendrions pas dans ce secteur.

Pour tout dire, nombres des condamnations à mort de Bitcoin ont été produites par d’éminents professeurs en quête d’un peu de lumière, force est de constater qu’ils se sont tous plantés, faute d’avoir suffisamment travaillé le sujet.

 

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Suite à la chute du cours du Bitcoin, de nombreuses entreprises spécialisées dans la blockchain ont mis la clé sous la porte ou repensé entièrement leur activité. Comment avez-vous vécu l’année 2018 de votre côté et comment se porte votre business aujourd’hui ?

Je ne constate pas de vide autour de nous ; les entreprises amies sont toujours là, et, comme nous, encaissent avec philosophie un nouveau bear market auquel bitcoin les a habitué.

Notre business s’est axé sur notre pool au Kazakhstan, nous y avons travaillé une grande partie de l’année 2018 en créant l’entreprise Hashlabs à Almaty; nous savions qu’un bear market ne pouvait que donner de la valeur à notre investissement, que les rares endroits comme le nôtre  deviendraient « the places to be » pour tous les mineurs mis hors course.

On a appris à travailler dans un calme bienvenu, une certaine sérénité après des mois de Bull épuisants.

 

À l’automne, une proposition dans le rapport sur les chaînes de blocs de la mission d’information parlementaire visait à “reconnaître le crypto-minage comme une activité électro-intensive bénéficiant des tarifs préférentiels de l’électricité, afin de maintenir cette activité en France”. Selon vous, la France peut-elle devenir un pays crypto-friendly pour le minage de crypto-monnaies ?

Oui; la clé, c’est qu’on comprenne au plus haut niveau de l’état que la compagnie nationale pourrait tirer un avantage considérable pour elle et pour le pays en incluant ce talon de consommation qu’est le mining dans l’exploitation du nucléaire.

C’est tout l’enjeu de notre travail commun avec EDF.

 

On peut souvent vous voir défendre Bitcoin sur la toile, vous considérez vous comme un “maximaliste Bitcoin” ou pensez-vous que d’autres crypto-monnaies pourraient un jour le “détrôner” ?

Je ne suis maximaliste en rien et ouvert à toutes les recherches de l’écosystème. Une crypto peut bien être plus performante, rapide, économique, complète que bitcoin, être plus utilisée même, elle ne pourra jamais dépasser bitcoin dans son antériorité, antériorité qui participe grandement à sa valeur.

J’ajoute qu’aucun alt jusqu’alors n’égale la décentralisation totale de BTC, c’est la seule monnaie acéphale, comme l’ont justement nommé Favier et Takkal-Bataille. Cette absence de leader est fondamentale, elle est la garantie anticorruption du système. Bitcoin, détrôné 1000 fois dans le marketing des alts n’a pas pourtant pas de trône à revendiquer : il est, et il restera.

 

Quelles sont vos prévisions pour le marché en 2019 ?

Bitcoin va continuer à se révéler, à se renforcer et à se diffuser, comme il le fait depuis 10 ans, c’est tout ce qui me semble raisonnable d’annoncer, même si j’ai le sentiment que ce sera une belle année pour l’écosystème « blockchain ».

 

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