Binance France publie ses comptes : les 5 enseignements que nous tirons des chiffres audités par RSM France
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Binance France publie ses comptes : les 5 enseignements que nous tirons des chiffres audités par RSM France

David Rajaonary
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Binance France SAS, filiale française du leader mondial de l’échange de cryptomonnaies Binance, a publié le 21 juillet ses premiers états financiers audités. Ces comptes révèlent la situation financière de la plateforme pour une période de 14 mois, allant du 8 novembre 2021 au 31 décembre 2022. Quels sont les principaux enseignements que l’on peut tirer de ces comptes, dans un contexte compliqué pour le géant Binance à l’international ? Voici notre analyse.

💡 Les 5 enseignements tirés des premiers comptes publiés par Binance France :

1 – Binance France est une filiale bel et bien rentable, bien que les comptes montrent un déficit comptable

2 – Binance France détient un milliard d’euros en crypto-actifs pour le compte de ses clients français

3 – Pas de Big 4, mais un cabinet d’audit bien connu de la place parisienne

4 – Une politique salariale intéressante et des coûts marketing importants

5 – Paris, hub européen ? Binance France gère plusieurs filiales européennes

 

1 – Binance France est une filiale rentable

Selon ses comptes certifiés, Binance France a réalisé un chiffre d’affaires de 10 millions d’euros en 2022, soit une moyenne de 1,68 millions d’euros par mois. Un chiffre d’affaires qui provient essentiellement des frais prélevés sur le trading de cryptomonnaies, qui représentent 99,7 % des revenus de la plateforme.

Binance France est également une filiale rentable de Binance, et qui contribue aux bénéfices du groupe. Les comptes nous montrent que Binance France a enregistré une perte nette de 4,18 millions d’euros en 2022, mais elle s’explique par le fait que les comptes couvrent 14 mois de dépenses pour seulement 6 mois de revenus.

Comment expliquer cela ? Tout simplement parce que Binance France a commencé à percevoir des revenus seulement après avoir reçu l’autorisation réglementaire de l’AMF pour opérer en France, et ce, à peu près à la mi-2022.

Si l’on considère uniquement les 6 derniers mois de l’année 2022, Binance France affiche un bénéfice net de 2,64 millions d’euros, soit une marge nette de 26 % ! Binance France serait donc normalement bénéficiaire sur 12 mois, et sa rentabilité devrait s’améliorer avec la croissance de son chiffre d’affaires.

 

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2 – Binance France détient un milliard d’euros en crypto-actifs pour le compte de ses clients

En quelques mois de présence, Binance France affiche ainsi une activité commerciale intéressante, et même surprenante. Cela témoigne de l’attractivité et de la compétitivité de ses services sur le marché français.

Toujours selon les comptes, Binance France détient environ un milliard d’euros en crypto-actifs pour le compte de ses utilisateurs français. Ce montant est à rapprocher de la moyenne mondiale de Binance par utilisateur, qui est de 500 euros par utilisateur selon les estimations du cabinet Messari.

Si l’on considère que les frais de Binance sont de 0,1 %, et que le chiffre d’affaires est de 17,4 millions d’euros en 2022, soit une moyenne de 2,9 millions d’euros par mois, on peut estimer le volume de trading sur sa plateforme française en divisant le chiffre d’affaires par les frais. Ainsi, on obtient :

🔵 Volume de trading annuel = 10,074 / 0,001 = 10,074 milliards d’euros

🟢 Volume de trading mensuel = 1,68 / 0,001 = 1,68 milliards d’euros

Ces chiffres sont des estimations approximatives, qui ne prennent pas en compte les éventuelles variations des frais en fonction du volume ou du type de transaction, ni les réductions accordées aux utilisateurs du token BNB. Ils donnent néanmoins une idée de l’ordre de grandeur du volume de trading sur la plateforme française de Binance.

 

3 – Pas de Big 4, mais un cabinet d’audit bien connu de la place parisienne

Pour rappeler une nouvelle fois le contexte, Binance France a obtenu en mai 2022 l’autorisation de l’AMF pour opérer en France en tant que prestataire de services sur actifs numériques (PSAN).

Ce sésame obligatoire lui permet d’offrir des services d’achat/vente et de conservation de cryptomonnaies en respectant les règles relatives à la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme (LCB-FT), à la protection des clients et à la sécurité des systèmes d’information.

Binance France a fait appel au cabinet d’audit britannique RSM (RSM France) pour vérifier ses comptes. RSM est le sixième réseau mondial d’audit et de conseil, présent dans plus de 120 pays.

RSM a certifié que les états financiers de Binance France sont conformes aux normes comptables françaises et reflètent fidèlement la situation financière et les résultats de la plateforme.

 

4 – Une politique salariale intéressante et des coûts marketing importants

Nous retenons que la perte nette de Binance France s’explique principalement par les charges d’exploitation, qui s’élèvent à 14,24 millions d’euros sur la période.

Ces charges comprennent notamment les salaires du personnel, les coûts marketing, les frais administratifs et taxes, ainsi que les frais liés à l’obtention de l’autorisation réglementaire et à l’audit des comptes. Ces charges sont évidemment nécessaires pour assurer le développement et la conformité de la plateforme sur le marché français.

Les salaires du personnel représentent la plus grande part des coûts, avec 4,14 millions d’euros sur la période. Selon le rapport annuel de Binance France, la plateforme comptait 35 employés à la fin de l’année 2022, soit une moyenne de 118 000 euros par employé.

On notera que les “autres acahts et coûts externes” de 7,5 millions d’euros, le poste représentant la plus grande part des coûts sur la période. C’est généralement dans ce poste que l’on range les coûts marketing. Rappelons que Binance France n’a pas ménagé ses efforts depuis quelques mois pour se différencier sur le marché français des cryptomonnaies. Événements, webinaires, concours et partenariats avec des influenceurs ou des médias spécialisés, ainsi que des campagnes publicitaires sur les réseaux sociaux ou les plateformes en ligne.

 

5 – Binance France gère plusieurs filiales européennes

Chose intéressante, Binance France est actionnaire à 100 % de quatre filiales situées en Autriche, en Espagne, en Suisse et en Allemagne. Ces filiales ont été créées entre 2021 et 2022, ce qui confirme que Binance France a une stratégie d’expansion européenne.

Ces filiales ont des activités différentes, qui complètent celles de Binance France :

⚫ Binance Austria GmbH

⚫ Binance Spain SL,

⚫ Binance Switzerland exchange AG,

⚫ BSCN Technologies Services (Germany) GmbH est une société de développement informatique liée à la blockchain Binance Smart Chain.

Ces filiales ont des performances financières contrastées. Binance Spain SL est la seule entreprise d’envergure, générant 10,3 millions d’euros de chiffre d’affaires sur l’année écoulée.

 

Conclusion

Ces comptes sont publiés dans un contexte compliqué pour le géant Binance à l’international, qui fait face à des pressions réglementaires croissantes dans plusieurs pays, notamment aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne, au Japon ou encore à Singapour.

Après son entrée au Board de l’ADAN, les comptes de Binance France contribuent à lui donner une image d’acteur responsable et transparent sur le marché français. Binance France pourrait ainsi servir de modèle pour les autres filiales de Binance dans le monde, qui cherchent à s’adapter aux spécificités des marchés locaux.


Sources : Binance, Journal Officiel


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David Rajaonary

David Rajaonary

David est analyste financier indépendant, et décrypte chaque dimanche pour vous l’actualité de la crypto et de la finance de la semaine. Il écrit régulièrement quelques papiers pour analyser des acteurs clés de la DeFi, des stablecoins et des monnaies numériques de banques centrales.

Diplômé en Finance et Comptabilité, David exerce depuis 10 ans dans l’Audit, le Conseil en management et l’Analyse financière. Ses premiers pas dans la crypto datent de 2020, avec l’étude de projets de monnaies numériques de banque centrale (MNBC) et de registres distribués (blockchains privées).

Depuis, David écrit régulièrement sur la percée des projets Ripple (XRP), Stellar Lumens (XLM) et Chainlink (LINK). Dans ses articles, il vous montre comment ces projets blockchain s’immiscent et transforment silencieusement le monde bancaire et celui de l'investissement.

Paiements transfrontaliers, transferts d’argent, bancarisation des populations vulnérables, prêts, tokénisation de titres financiers, tokénisation de biens immobiliers, lutte contre la fraude, sécurité … sont le fil conducteur de ses articles.

Au sein de la rédaction, c’est aussi David qui se charge de déchiffrer le volet financier des évènements dans le Web3, grâce à son expérience dans la Finance. Il vous offre dans ses articles une compréhension des enjeux et des motivations des acteurs du secteur crypto-financier, en s’appuyant sur des sources crédibles et des données fiables.

(Petit disclaimer : David possède des bitcoins (BTC), du ripple (XRP) et des tether (USDT). Attention, il s’exprime à titre personnel et son traitement de l’actualité ne constitue en rien des conseils d’investissement, ni des incitations à acheter ou à vendre des cryptomonnaies. Les prises de position, critiques et conclusions sont établies toujours dans le respect des principes d’éthique et de transparence journalistiques)

Quand il ne rédige pas sur la crypto, David aime explorer l’histoire de l’Art africain et des civilisations arabes.

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