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La tokenisation peut-elle rendre certains actifs plus liquides et accessibles ?

Crédit : Pixabay

La technologie blockchain a pour vocation de faciliter et rendre moins onéreuse l’émission, la gestion et l’échange d’actifs financiers. Cela va-t-il permettre de rendre certaines catégories d’actifs illiquides et complexes plus liquides et accessibles ?

 

Milton Friedman, économiste de renommée mondiale, a souvent évoqué la minuscule île de Yap, située au cœur de l’océan Pacifique. Ce groupement d’îlots représente un véritable cas d’école pour de nombreux économistes, qui ont trouvé à cet endroit précis de la planète un nouvel éclairage sur une question séculaire : qu’est-ce que la monnaie ?

Alors que les sociétés du monde entier ont utilisé ici le sel là, les vaches comme moyen d’échange, les habitants de Yap ont créé un système ingénieux qui repose sur des pierres. La rareté de ces pierres sur Yap a amené ses habitants à explorer d’autres îles alentour en quête de nouveaux morceaux de calcaire voués à être taillés en de larges disques circulaires appelés « rai ». La valeur du rai reposait à la fois dans sa singularité, mais aussi dans la difficulté à transporter cette « monnaie » sur de longues distances.

Posséder une monnaie d’échange si lourde posait en effet des problèmes logistiques. Le transfert « d’argent » d’une personne à une autre, dans le cas d’une dot de mariage, par exemple, était particulièrement contraignant. L’échange de rai supposant un effort certain, toute la communauté était en mesure de savoir qui avait possédé telle pierre et qui venait de la recevoir. Ainsi, plus un rai circulait, plus il passait de propriétaire en propriétaire, et plus il était sécurisé puisque parfaitement identifié. La communauté assurant sa traçabilité.

Une plus grande traçabilité des actifs

Aujourd’hui, avec la blockchain Ethereum, ce sont les ordinateurs qui sont en mesure de retracer l’historique et de conserver la propriété d’un titre. Ethereum crée un enregistrement numérique, identifie un actif, localise chaque transaction puis duplique toutes les informations qui le concernent sur des milliers d’ordinateurs à travers le monde. À la manière des habitants de l’île de Yap qui s’appuyaient sur la « mémoire collective », la blockchain offre un système de transfert et de stockage de valeur tracé et ultra-sécurisé.

Et ce n’est pas tout, car la blockchain permet de débloquer la valeur de nombreux actifs dits « illiquides ». Par nature, ces actifs sont aussi difficiles à déplacer que les « pierres de monnaie » de l’île de Yap. Aujourd’hui encore, la lenteur des processus, l’importance des frais et la complexité des principes de propriété rendent l’échange d’actifs intimidant, mais aussi parfois inefficace et la plupart du temps difficilement réalisable.

Mais la digitalisation et fractionnalisation des actifs rendus possible sur une blockchain Ethereum permet de diviser en plusieurs parties la propriété d’un titre. Les actifs illiquides peuvent alors être transférés plus simplement, en toute transparence entre les différentes parties prenantes et ce, sans avoir à être réellement déplacés.

Le modèle de propriété partagée permet d’accroître la valeur globale des actifs

Prenons le cas des fonds d’immobilier ou de capital-investissement. Ces types d’investissements sont, aujourd’hui peut-être plus que jamais, réservés à une poignée de personnes, de privilégiés, les créanciers étant de plus en plus exigeants vis-à-vis des acheteurs potentiels.

Grâce à la mise en place d’une plate-forme blockchain, cette réalité peut enfin évoluer. La diminution des coûts d’émission, de gestion et d’échange des parts de fonds permet de réduire la taille minimum de ces investissements, et d’élargir le panel d’investisseurs. La tokénisation permet ainsi à un plus grand nombre d’individus de posséder une partie d’un actif dit « illiquide », et permet d’accroître la valeur globale de cet actif.

Débloquer des réserves de valeur dissimulées

Le système de tokénisation peut également être appliqué aux marchés de l’énergie. La technologie de la blockchain facilite l’accès au marché de gros de l’énergie. Elle simplifie aussi l’échange d’énergie entre les utilisateurs. Dans ce système vertueux, les dispositifs Internet-of-Things (IoT) équilibrent non seulement la charge sur le réseau, mais identifient également les opportunités d’arbitrage.

Le potentiel de la tokénisation des actifs illiquides est énorme. Alors que le monde continue de prendre conscience des avantages du numérique dans toute une série de domaines (ressources naturelles, or, musique, système de fidélisation, etc.), les transactions d’actifs sont, elles aussi, en train d’être grandement facilitées. Enfin !

Demain, faire entrer et sortir des actifs se fera plus rapidement, à moindres frais et en toute transparence. De la même manière qu’Internet a favorisé les communications à travers le monde, les blockchains sont en train de démontrer leur capacité à débloquer des réserves de valeur jusqu’ici dissimulées, voire quasi inaccessibles.

Grâce à la technologie blockchain, nous pouvons espérer vivre une nouvelle explosion cambrienne qui donnera lieu, sans doute aucun, à l’émergence de nouvelles opportunités.

Cette tribune vous est proposée par Anne-Sophie Cartray, executive director chez ConsenSys à Paris, l’une des plus grandes sociétés spécialisées dans la blockchain au monde. Anne-Sophie Cartray a aussi travaillé 13 ans au sein de Citigroup, notamment en tant que directrice Markets and Securities Services.

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