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BlackRock voit l’IA comme catalyseur du prochain bull run crypto

Stéphane Daniel
Faits Vérifiés
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L’époque où l’investissement crypto se résumait à une chasse effrénée aux « low-caps » obscures et aux protocoles de finance décentralisée aux rendements insoutenables, portée par l’adrénaline du gain rapide et la peur de manquer le train, semble définitivement révolue. Ce changement de paradigme, amorcé par le nettoyage brutal du marché baissier de 2022, a laissé place à un environnement où la spéculation pure cède du terrain face aux impératifs d’utilité réelle et d’infrastructure technologique.

Dans ce nouveau paysage, les capitaux institutionnels ne cherchent plus à s’exposer à la volatilité anarchique d’un millier de jetons disparates, mais scrutent les convergences structurelles capables de redéfinir l’économie numérique. La narration dominante se déplace : il ne s’agit plus de réinventer la monnaie pour le plaisir de la décentralisation, mais de fournir les rails financiers et computationnels nécessaires à la révolution de l’intelligence artificielle, un secteur dont les besoins en infrastructures dépassent déjà les capacités du système financier traditionnel.

C’est dans ce contexte de maturation forcé que Robbie Mitchnick, responsable des actifs numériques chez BlackRock, a jeté un pavé dans la mare lors du Digital Asset Summit à New York. Loin d’annoncer une nouvelle saison d’altcoins, le dirigeant du plus grand gestionnaire d’actifs au monde a explicitement désigné l’intelligence artificielle comme le véritable moteur de la prochaine phase de croissance crypto, qualifiant au passage la majorité des jetons actuels de « non-sens ». S’agit-il d’un simple pivot narratif pour justifier les allocations, ou assistons-nous à la reconnaissance institutionnelle que la crypto est avant tout l’infrastructure native de l’économie des machines ?

Anatomie de la thèse — sous le capot de la vision BlackRock

Pour comprendre la portée réelle de cette annonce, il faut soulever le capot de l’argumentaire déployé par BlackRock. La thèse centrale de Mitchnick ne repose pas sur une spéculation de prix, mais sur une incompatibilité technologique fondamentale entre l’économie de l’IA émergente et les rails bancaires hérités du XXe siècle. « Les agents d’IA ne vont très probablement pas utiliser Fedwire ou SWIFT », a-t-il déclaré, soulignant une évidence technique souvent ignorée : des entités logicielles autonomes, opérant 24h/24 et 7j/7 à la vitesse de la milliseconde, ne peuvent se satisfaire de systèmes de règlement fermés les week-ends ou nécessitant des jours de compensation.

Selon les informations rapportées par CoinDesk, Mitchnick établit une distinction cruciale : « Qu’est-ce que la crypto ? C’est de l’argent natif pour ordinateur… L’IA est de la donnée et de l’intelligence natives pour ordinateur. Il y a donc une symbiose naturelle ». Cette analyse suggère que la crypto-monnaie cesse d’être une classe d’actifs isolée pour devenir la couche de règlement par défaut des transactions machine-à-machine (M2M).

Cette vision s’accompagne d’un constat sévère sur l’état actuel du marché des altcoins. Le dirigeant de BlackRock note que ses clients institutionnels se sont détournés de l’exposition large. Le roulement parmi les principaux jetons a été « féroce », et en dehors de Bitcoin (BTC) et Ethereum (ETH), peu d’actifs ont démontré une pertinence durable. Comme nous l’analysions concernant la vision stratégique de Larry Fink sur la tokenisation, l’intérêt des géants de la finance se concentre désormais sur les infrastructures capables de supporter des volumes massifs de valeur tokenisée, plutôt que sur les applications décentralisées de niche.

Plus concrètement, cette thèse identifie une convergence physique entre les deux industries. BlackRock observe que les mineurs de Bitcoin, tels que Hut 8 (HUT), Core Scientific (CORZ) ou Iren (IREN), pivotent massivement vers le calcul haute performance (HPC) pour l’IA. Ces acteurs, disposant déjà de capacités énergétiques colossales et de centres de données sécurisés, deviennent l’infrastructure physique de l’IA, créant un lien tangible entre la validation des blocs et l’entraînement des modèles neuronaux.

Signal sectoriel — ce que la position de BlackRock révèle pour l’industrie

L’ironie est mordante : c’est l’acteur quintessentiel de la finance traditionnelle (TradFi) qui vient expliquer aux crypto-natifs que la valeur de leur industrie ne réside pas dans la spéculation de jetons, mais dans sa capacité à servir de tuyauterie pour des robots. En qualifiant la majorité des nouveaux jetons de « non-sens » (« nonsense » dans le texte), BlackRock envoie un signal de fin de récréation aux émetteurs de projets sans utilité infrastructurelle immédiate.

Cette déclaration valide une tendance de fond : la « fuite vers la qualité » (flight to quality). Les investisseurs institutionnels, échaudés par les cycles précédents, ne cherchent plus à découvrir le prochain x100, mais à investir dans les protocoles qui survivront à la régulation et à l’usage intensif. En désignant l’IA comme catalyseur, BlackRock aligne la crypto sur le thème d’investissement le plus puissant de la décennie, estimé à plusieurs milliers de milliards de dollars d’ici 2030. Cela offre une porte de sortie honorable aux gestionnaires de patrimoine qui hésitaient encore à toucher aux actifs numériques : ils n’investissent plus dans de la « monnaie magique », mais dans l’infrastructure de l’intelligence artificielle.

Comme nous l’analysions concernant l’adoption progressive des ETF crypto par Morgan Stanley, les grandes banques américaines construisent leurs offres autour de narrations compréhensibles pour leurs clients fortunés. Lier BTC et ETH à l’essor de l’IA permet de justifier des allocations structurelles à long terme (long-only) dans des portefeuilles diversifiés, en présentant ces actifs comme des couvertures technologiques plutôt que des paris spéculatifs.

Ce que cette thèse change concrètement pour les investisseurs

Pour l’investisseur particulier, l’alignement de BlackRock sur la thèse IA/Crypto modifie la grille de lecture du marché. Cela implique une réallocation stratégique loin des narratifs purement communautaires.

  • Concentration sur les leaders d’infrastructure — La vision de Mitchnick suggère que la valeur s’accumulera de manière disproportionnée sur les couches de base (Layer 1 comme Bitcoin et Ethereum) qui servent de standard de règlement universel, au détriment des applications intermédiaires.
  • Revalorisation du secteur minier — Les sociétés de minage ne doivent plus être évaluées uniquement sur le prix du Bitcoin, mais sur leur capacité en mégawatts (MW) et leur potentiel de conversion vers le calcul IA. Elles deviennent des actifs hybrides, à mi-chemin entre l’infrastructure énergétique et la tech.
  • Méfiance envers les « AI Tokens » marketing — Si l’IA est le catalyseur, cela ne signifie pas que tous les jetons estampillés « IA » vont réussir. Au contraire, BlackRock met en garde contre la dilution et l’inutilité de la majorité des actifs. L’opportunité réside dans l’intersection réelle (paiements autonomes, DePIN pour le calcul) et non dans les projets utilisant l’IA comme un simple mot-clé.
  • Bitcoin comme stabilisateur — Mitchnick souligne le rôle de Bitcoin comme diversificateur dans un monde perturbé par l’IA. Comme nous l’analysions concernant les perspectives de Bitwise sur la valeur refuge du Bitcoin, l’actif est perçu comme une ancre de valeur neutre face aux bouleversements économiques que l’automatisation massive pourrait engendrer.

La prudence reste de mise. Si la thèse est séduisante, elle risque aussi de créer une bulle spéculative à court terme sur tout ce qui touche à l’IA, reproduisant exactement les excès que BlackRock critique. L’investisseur avisé devra distinguer les projets qui construisent véritablement des rails pour agents autonomes de ceux qui surfent simplement sur la vague.

Les indicateurs clés pour valider la tendance

Pour confirmer que nous assistons bien à une fusion structurelle et non à un simple effet de mode, plusieurs métriques doivent être surveillées de près :

  • Corrélation des revenus des mineurs — Il faudra surveiller la part du chiffre d’affaires des mineurs cotés (comme Core Scientific ou Hut 8) provenant des contrats HPC/IA par rapport au minage classique de Bitcoin. Une augmentation de ce ratio validerait la thèse de la symbiose infrastructurelle.
  • Volume de transactions des stablecoins on-chain — Si les agents IA commencent à utiliser la crypto, cela se traduira d’abord par une explosion des volumes de stablecoins (USDC, USDT) exécutés par des smart contracts, indépendamment des volumes d’échange sur les plateformes centralisées.
  • Allocations institutionnelles via les ETF — Les flux entrants dans les ETF Bitcoin et Ethereum (IBIT, ETHA) devront montrer une corrélation avec les nouvelles technologiques liées à l’IA, signifiant que les macro-investisseurs traitent ces classes d’actifs comme connectées.

Perspectives — les scénarios pour l’intersection IA/crypto d’ici 2026-2027

Nous sommes sur le fil du rasoir entre deux avenirs possibles pour cette convergence technologique.

Scénario 1 — La symbiose infrastructurelle (Bullish)
Dans ce monde, la prophétie de BlackRock se réalise pleinement. Les agents IA deviennent les principaux utilisateurs de la blockchain, générant des millions de micro-transactions quotidiennes pour payer de la donnée, du calcul et du stockage. Ethereum s’impose comme la couche de règlement universelle pour l’économie des machines, tandis que Bitcoin sert de réserve de valeur neutre pour les trésoreries d’entreprises autonomes. Les mineurs deviennent les barons de la puissance de calcul mondiale, et la capitalisation du marché crypto s’indexe sur la croissance du secteur technologique global.

Scénario 2 — La fragmentation narrative (Bearish/Neutre)
L’IA continue son ascension fulgurante, mais s’appuie principalement sur des infrastructures privées et centralisées (clouds propriétaires, systèmes bancaires fermés adaptés). La crypto reste une classe d’actifs spéculative périphérique, utilisée pour quelques paiements de niche mais échouant à devenir le standard des agents IA. L’intérêt institutionnel reste cantonné au Bitcoin comme « or numérique », ignorant le reste de l’écosystème qui ne parvient pas à livrer des cas d’usage à l’échelle.

Dans les deux cas, une vérité s’impose avec une clarté implacable : l’industrie crypto a définitivement quitté le garage des cypherpunks pour entrer dans les salles de marché où seule l’utilité industrielle justifie la survie, et les jetons sans proposition de valeur tangible sont condamnés à l’obsolescence programmée.


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Stéphane Daniel

Stéphane Daniel

Stéphane Daniel découvre l’univers des crypto-monnaies à travers Solana, alors que le projet en est encore à ses balbutiements. Issu d’un parcours littéraire, il s’initie d’abord à l’écosystème par curiosité intellectuelle, avant de s’immerger pleinement dans les rouages de la blockchain et des marchés numériques. Passionné par les innovations portées par les NFT, il se lance dans le trading de collections émergentes, tout en affinant ses compétences en analyse technique et fondamentale.
Au fil des années, Stéphane développe une expertise reconnue sur les nouvelles tendances Web3, les écosystèmes à haute performance comme Solana, et les dynamiques communautaires autour des tokens et des actifs numériques. En tant que journaliste, il combine rigueur analytique et pédagogie, avec une plume claire et engagée. Son objectif : rendre accessibles les enjeux complexes du secteur crypto au plus grand nombre, sans jamais céder au sensationnalisme.

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