Crypto Dispensers envisage une vente de 100 millions de dollars alors que son PDG fait face à des accusations fédérales de mise en place d’un système de blanchiment d’argent de plusieurs millions de dollars.
Une vente stratégique sur fond de tourmente judiciaire
Dans un communiqué publié vendredi, Crypto Dispensers a annoncé avoir retenu plusieurs conseillers financiers pour mener un « examen stratégique » de ses options, incluant une vente totale ou partielle de l’entreprise.
Selon ses dirigeants, cette initiative ne serait pas une réaction directe à l’affaire judiciaire en cours, mais une étape préparée de longue date pour franchir « une nouvelle phase de croissance ». Une déclaration difficile à dissocier toutefois du contexte actuel, alors que l’entreprise est sous les projecteurs du Department of Justice.
Un repositionnement stratégique pour l’entreprise
Le PDG Firas Isa s’est voulu rassurant, soulignant que le pivot stratégique opéré en 2020 avait profondément repositionné l’entreprise. Pour rappel, l’entreprise a abandonné des BATM physiques au profit d’une plateforme logicielle.
Le matériel nous a montré le plafond. Le logiciel nous montre l’échelle.
Rien ne garantit pourtant qu’une transaction aboutira. L’opérateur du distributeur automatique de cryptomonnaies a indiqué qu’il pourrait continuer à fonctionner de manière indépendante en fonction de l’évolution de la situation.
Le PDG accusé de blanchiment d’argent à hauteur de 10 millions de dollars
L’examen potentiel de la vente a été annoncé quelques jours après que le ministère américain de la Justice a rendu publique une mise en accusation visant Isa et la société pour avoir facilité un système de blanchiment d’argent de 10 millions de dollars.
Les procureurs stipulent qu’entre 2018 et 2025, Isa a sciemment accepté des fonds provenant de fraudes par virement bancaire et de trafic de stupéfiants via le réseau de distributeurs automatiques de billets de l’entreprise. Malgré les obligations de connaissance du client, le KYC, le ministère de la Justice affirme qu’il a converti ces fonds en cryptomonnaies et les a transférés vers des portefeuilles conçus pour en dissimuler l’origine.
Isa et Crypto Dispensers ont tous deux plaidé non coupables du chef d’accusation unique de complot, passible d’une peine maximale de 20 ans de prison fédérale. En cas de condamnation, le gouvernement pourrait saisir les biens liés au stratagème présumé.
Les crypto-ATMs sous pression
Depuis deux ans, les distributeurs automatiques de Bitcoin sont devenus une cible prioritaire pour les régulateurs américains. Le FBI rapporte que rien qu’en 2024, près de 11 000 victimes ont signalé des fraudes liées à des distributeurs crypto, pour un total dépassant 246 millions de dollars.
Un chiffre alarmant qui alimente les mesures restrictives dans de nombreuses juridictions. En effet, plusieurs municipalités ont déjà franchi le pas. Stillwater dans le Minnesota a par exemple interdit les crypto-ATMs après plusieurs escroqueries, dont une impliquant un faux remboursement PayPal. La ville de Spokane a également voté une interdiction totale en juin, qualifiant les machines de « d’outil principalement destinés aux fraudeurs ».
Crypto Dispensers se retrouve donc dans un tournant critique. D’un côté, un modèle logiciel plus robuste et une croissance potentielle. De l’autre, une tempête judiciaire qui pourrait entraîner saisies, amendes et pertes de confiance. Alors que les États-Unis renforcent leur surveillance des crypto-ATMs, la décision de vendre l’entreprise ou de poursuivre son activité en solo pourrait définir sa survie dans un marché de plus en plus hostile.
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