Pendant plusieurs années, la Chine semblait avoir tourné la page du Bitcoin. Le bannissement du minage et des transactions en 2021 avait fait fuir les fermes vers l’étranger. Visiblement, les activités de mining semblent reprendre de façon discrète mais significative, dans plusieurs provinces clés.
Un retour discret mais concret
Avant la répression, la Chine produisait environ 65 % de la puissance de calcul mondiale de Bitcoin, selon le Cambridge Bitcoin Electricity Consumption Index. En 2021, Pékin interdit brutalement le minage, invoquant des risques financiers, des sorties de capitaux et la consommation électrique jugée excessive.
Le hashrate mondial a logiquement chuté du fait des mineurs qui quittaient le réseau. Ainsi, la difficulté de minage s’est vue ajustée à la baisse, ce qui mécaniquement incite d’autres acteurs à fournir de la puissance de calcul au réseau.
The Big 3 still dominate:
🇺🇸 United States: 37.8% (~389 EH/s)
🇷🇺 Russia: 15.5% (~160 EH/s)
🇨🇳 China: 14.1% (~145 EH/s)Together they control ~68% of global hashrate. Concentration remains high despite emerging players.
— Hashrate Index 🟧⛏️ (@hashrateindex) October 6, 2025
Le hashrate s’était donc déplacé vers les Etats-Unis, le Kazakhstan ou la Russie. Quatre ans plus tard, la Chine revient dans l’équation.
Les données d’Hashrate Index indiquent qu’elle représente désormais environ 14 % du hashrate mondial. Cela en fait le troisième pôle mondial de minage derrière les Etats-Unis et le Kazakhstan.
CryptoQuant et Reuters estiment même que la part réelle des mineurs chinois pourrait se situer entre 15 et 20 %, en incluant les fermes non déclarées. Ce rebond repose d’abord sur l’abondance d’énergie excédentaire sur place.
Valoriser de l’énergie produite, mais pas consommée
Dans des provinces comme le Xinjiang ou le Sichuan, la production électrique dépasse souvent les capacités de transport vers les grands centres urbains. Une partie de cette énergie bon marché, est produite, mais ne peut être distribuée aux entreprises ou aux foyers.
Elle est donc captée par des opérateurs de minage qui installent leurs machines près des centrales ou dans des zones industrielles sous-utilisées.
Deuxième moteur, la surcapacité des data centers. De nombreux centres ont été construits pour le cloud ou l’intelligence artificielle, mais restent en sous-régime. Louer des racks et de la puissance à des mineurs permet de rentabiliser ces investissements sans changer l’apparence extérieure des sites.

Ces dernières semaines, de nombreux data centers ont commencé à pivoter vers un modèle hybride, capable de servir à l’intelligence artificielle ou au Bitcoin. Les exploitants peuvent ensuite passer d’une activité à l’autre, selon la rentabilité du moment.
Les fabricants chinois d’ASIC confirment cette tendance. Le mineur Canaan a vu la part de la Chine dans son chiffre d’affaires passer de moins de 3 % en 2022 à environ 30 % en 2023, puis dépasser 50 % en 2025. Ces ventes domestiques traduisent une forte demande locale en machines de dernière génération, malgré le cadre légal officiel.
Le mining est devenu une activité stratégique
Ce retour du minage intervient alors que la position de la Chine sur les actifs numériques devient plus nuancée. Le pays maintient une ligne dure sur le trading non autorisé, mais soutient en parallèle des projets de stablecoins adossés au yuan et accélère le déploiement de sa monnaie numérique de banque centrale, l’e-CNY.
Hong Kong, avec son cadre de licences pour les stablecoins adopté en 2025, sert de laboratoire réglementaire. Pékin distingue de plus en plus les usages jugés utiles pour la souveraineté monétaire et l’infrastructure numérique, et les usages purement spéculatifs jugés risqués.
Certains professionnels estimaient déjà les années passées que le mining n’avait jamais totalement quitté la Chine.
Le minage de Bitcoin en Chine n’a jamais complètement disparu. Il s’est réorganisé, professionnalisé et partiellement dissimulé.
LA CHINE N’A JAMAIS INTERDIT LE MINING! (C’est clair, là?) pic.twitter.com/nmwUkkRkIj
— Seb Gouspillou (@SebGouspillou) December 18, 2024
Dans les régions riches en énergie, certaines autorités locales tolèrent de fait des opérations de minage qui soutiennent l’emploi et les recettes fiscales, tant qu’elles restent discrètes. D’autant que, paradoxalement, le minage peut être un allié environnemental.
Pour le réseau Bitcoin, le retour de la Chine modifie la carte du hashrate sans remettre en cause la décentralisation globale. Les Etats-Unis demeurent le premier pôle de minage, mais la montée en puissance de la Chine rappelle que les mineurs suivent avant tout le prix de l’énergie et la disponibilité des infrastructures.
Avec l’appréciation du Bitcoin, le minage intéresse de plus en plus d’acteurs. Des géants comme Google s’y intéressent de près.
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