Depuis près d’une décennie, le marché des cryptomonnaies américain évoluait dans une zone de guerre réglementaire – non pas seulement entre régulateurs et industrie, mais entre régulateurs eux-mêmes, entre chambres du Congrès, entre administrations successives qui, toutes, promettaient la clarté sans jamais la livrer. Le débat autour d’un cadre législatif cohérent pour les actifs numériques, qui distinguerait enfin les titres financiers des matières premières digitales, avait pourtant connu une accélération inédite après l’élection de novembre 2024 : une majorité au Congrès favorable à la crypto, un exécutif affiché comme pro-industrie, et un élan bipartisan rare qui semblait, pour la première fois, rendre l’horizon législatif crédible.
C’est dans ce contexte que le CLARITY Act – ce projet de loi ambitieux visant à établir une architecture réglementaire complète pour la structure du marché des cryptomonnaies, incluant la classification des tokens de couche 1 et la supervision des stablecoins – a franchi une étape historique en juillet 2025, obtenant un vote bipartisan de 294 voix contre 134 à la Chambre des représentants. La route semblait enfin balisée. Sauf qu’entre la Chambre et le Sénat, entre le vote symbolique et la promulgation en loi, s’étend un terrain miné par des décisions politiques dont les conséquences commencent seulement à se mesurer pleinement.
C’est dans ce contexte qu’Anthony Scaramucci, ancien directeur de la communication de la Maison Blanche sous Donald Trump et fondateur de SkyBridge Capital, a livré une analyse en trois volets particulièrement sombre sur l’avenir législatif de ce texte. Comme rapporté par BeInCrypto, Scaramucci juge le CLARITY Act pratiquement condamné dans sa forme actuelle, et anticipe une période de violents remous sur le marché crypto pour le restant de cette administration – un diagnostic qui mérite d’être décortiqué mécanisme par mécanisme.
La mécanique de la prédiction : ce que le positionnement de Scaramucci révèle sur les fractures profondes du CLARITY Act au Sénat
Pour comprendre la portée réelle de cette prise de position, il faut soulever le capot de la mécanique. Scaramucci ne parle pas en observateur externe : son passage – bref, onze jours seulement – au sein de la Maison Blanche Trump lui confère une lisibilité particulière sur les dynamiques internes d’une administration dont il dit avoir vécu les contradictions de l’intérieur. « Il n’aime pas écouter les autres. Il préfère qu’on l’écoute, lui », résume-t-il sobrement, une formule qui, appliquée au contexte législatif crypto, prend une dimension analytique précise.
Le premier facteur d’obstruction identifié par Scaramucci est le plus symboliquement chargé : le lancement par Donald Trump de meme coins personnels avant même son investiture, une opération qui lui aurait permis d’empocher entre 600 et 700 millions de dollars. Cette monétisation directe de l’influence présidentielle a produit ce que Scaramucci qualifie d’« arrière-goût amer » durable chez les élus démocrates – y compris ceux qui, historiquement, se montraient favorables à une régulation crypto progressive. Le calcul politique est implacable : pourquoi accorder une victoire législative à un président qui a utilisé la crypto comme véhicule d’enrichissement personnel avant même de prendre ses fonctions ? Comme nous l’analysions concernant l’avancement du CLARITY Act au Sénat américain, le seuil des 60 voix nécessaires pour surmonter un filibuster transforme ce blocage émotionnel en obstacle arithmétique quasi insurmontable.
Le deuxième facteur est plus inattendu : la posture territoriale de Trump envers le Groenland, et plus largement ses menaces contre des alliés de l’OTAN, auraient érodé la bonne volonté d’élus susceptibles de soutenir une législation bipartisane. La crypto, dans cet environnement, n’est plus un sujet technique isolé – elle est aspirée dans le maelström des controverses de politique étrangère, ce qui rend toute coopération transpartisane infiniment plus coûteuse politiquement pour les sénateurs qui accepteraient d’y participer.
Le troisième facteur, que Scaramucci qualifie lui-même de « plus sous-estimé », est l’engagement militaire américain en Iran, conduit unilatéralement et sans information préalable du Congrès. La demande budgétaire de 200 milliards de dollars pour la défense qui l’accompagne n’est pas anodine : elle signale une reonfiguration complète des priorités législatives, dans laquelle le CLARITY Act – aussi stratégique soit-il pour l’industrie crypto – ne peut que se retrouver relégué au second plan. Le calendrier politique est impitoyable, et Scaramucci en tire une conclusion froide : sans fenêtre d’opportunité avant les midterms de novembre 2026, le texte pourrait être enterré pour plusieurs années.
Signal sectoriel : comment la politisation toxique du dossier crypto révèle une fracture structurelle entre industrie, législateurs et administration qui dépasse la seule question du CLARITY Act
La position de Scaramucci ne surgit pas dans le vide. Elle s’inscrit dans un écosystème où les acteurs de l’industrie eux-mêmes peinent à parler d’une seule voix sur ce qu’ils attendent du cadre législatif. Comme nous l’analysions concernant le refus de Coinbase de soutenir le CLARITY Act, la plus grande plateforme d’échange américaine s’est elle-même positionnée en obstacle à la législation qu’elle réclamait pourtant depuis des années – au motif que le texte tel que négocié menaçait ses revenus liés aux stablecoins. Cette fragmentation interne de l’industrie offre aux opposants politiques exactement la couverture dont ils ont besoin pour bloquer le texte sans en assumer ouvertement la responsabilité.
Les marchés de prédiction, pourtant réputés pour leur précision, témoignent de cette ambivalence collective : Kalshi price actuellement une probabilité d’environ 70 % pour un passage du CLARITY Act avant 2027, un chiffre qui reflète moins un optimisme fondé qu’une incertitude profonde sur la trajectoire du texte. Scaramucci, lui, campe sur une position beaucoup plus pessimiste à court terme, tout en reconnaissant que l’adoption du texte, si elle survenait, déclencherait ce qu’il appelle un « super-cycle » haussier – une reconnaissance implicite que le marché intègre déjà en partie l’espoir réglementaire dans ses valorisations.
Il faut également mesurer la dimension comparative internationale. Pendant que Washington se paralyse dans ses guerres intestines, d’autres juridictions avancent : l’Union européenne a achevé son cadre MiCA, Singapour et les Émirats arabes unis ont institutionnalisé des régimes clairs pour les actifs numériques, et même le Canada a produit ses propres propositions législatives, aussi imparfaites soient-elles. Chaque semaine de stagnation américaine est une semaine gagnée par les places financières concurrentes pour attirer capitaux, entreprises et talents. La tension paradoxale est là, non résolue : les États-Unis restent le marché le plus profond et le plus influent pour les cryptomonnaies, mais leur incapacité structurelle à légiférer est en train de devenir une aubaine pour leurs rivaux géopolitiques directs.
Scaramucci ajoute une couche supplémentaire à cette lecture en évoquant ses prévisions sur le cycle quatre ans du Bitcoin : même sans CLARITY Act, il anticipe une remontée significative du Bitcoin à partir d’octobre 2026, portée par la mécanique de halving et les transferts intergénérationnels de richesse. Cela signifie que le marché pourrait monter malgré l’absence de cadre réglementaire – mais dans des conditions de volatilité et d’incertitude structurelle bien supérieures à ce qu’une législation claire aurait permis.
Ce que la prédiction de Scaramucci change concrètement pour les investisseurs
La prudence reste de mise, car les implications de ce diagnostic ne sont pas symétriques selon les classes d’actifs et les horizons d’investissement :
- Tokens de couche 1 (SOL, AVAX, TON) – Sans le CLARITY Act pour trancher leur statut entre titre financier et matière première, ces actifs demeurent dans une « zone grise » réglementaire qui bride l’appétit institutionnel et amplifie leur volatilité lors de chaque annonce politique ou judiciaire impliquant la SEC ou la CFTC.
- Sociétés de trésorerie en actifs numériques – Le secteur des « digital asset treasury companies » est déjà entré en marché baissier selon plusieurs analystes, précisément parce que l’espoir d’un cadre réglementaire rapide s’éloigne ; toute exposition à ces véhicules doit intégrer ce risque structurel supplémentaire.
- Bitcoin – Paradoxalement le plus protégé à court terme, son statut de « matière première digitale » est moins contesté ; Scaramucci maintient une cible à 100 000 dollars d’ici fin 2026 et évoque même un million de dollars à long terme via les transferts de richesse intergénérationnels, mais le chemin sera marqué par de « violents remous ».
- Stablecoins – L’absence de réglementation claire sur les rendements offerts par les stablecoins reste un facteur de risque opérationnel pour les émetteurs et les plateformes qui en font un produit commercial central.
- Exposition politique – Tout projet crypto dont la valorisation dépend directement d’une issue législative américaine positive à court terme doit être considéré comme exposé à un risque de repricing brutal si le CLARITY Act est formellement enterré ou reporté après 2026.
Les signaux clés à surveiller
Le premier signal déterminant est le comportement du bloc sénatorial démocrate modéré dans les prochaines semaines. Si des sénateurs comme ceux des États à forte concentration de l’industrie technologique commencent à signaler publiquement une ouverture au dialogue sur le CLARITY Act, cela indiquerait que la dynamique de blocage décrite par Scaramucci n’est pas aussi monolithique qu’il le suggère. À l’inverse, un silence ou des déclarations hostiles de ce bloc validerait son diagnostic et signalerait que le texte ne trouvera pas les 60 voix nécessaires avant les midterms – avec toutes les conséquences marchés que cela implique pour les actifs en zone grise réglementaire.
Le deuxième signal est l’évolution du dossier iranien et de son empreinte budgétaire sur l’agenda du Congrès. Si le conflit s’enlise et que les débats autour du budget de défense de 200 milliards de dollars monopolisent les sessions législatives jusqu’à l’automne 2025, l’espace politique pour un texte aussi technique que le CLARITY Act se réduira mécaniquement à néant. Une désescalade militaire ou une résolution budgétaire rapide, à l’inverse, rouvrirait une fenêtre que Scaramucci juge aujourd’hui fermée – ce qui constituerait le scénario le plus haussier pour les actifs numériques à court terme.
Le troisième signal est le comportement du Bitcoin autour de la zone des 66 000 dollars, soit le niveau auquel il évoluait lors de l’interview de Scaramucci – en repli de plus de 45 % par rapport à son sommet historique au-dessus de 126 000 dollars atteint en octobre 2025. Un maintien de ce support avec des volumes institutionnels sains indiquerait que le marché digère l’incertitude réglementaire sans panique structurelle. Une cassure en dessous, en revanche, amplifiée par toute annonce judiciaire ou réglementaire défavorable, constituerait le signal le plus clair que la thèse de Scaramucci sur les « violents remous » se matérialise dans les prix.
Perspectives – les scénarios pour 2025-2026
Scénario 1 – Paralysie prolongée et super-cycle différé (probabilité élevée selon Scaramucci) : Le CLARITY Act échoue à réunir 60 voix au Sénat avant les midterms de novembre 2026. L’industrie crypto américaine continue d’évoluer sans cadre réglementaire cohérent, les tokens de couche 1 restent en zone grise, et la volatilité structurelle du marché s’installe comme condition normale. Bitcoin remonte néanmoins vers 100 000 dollars d’ici fin 2026, porté par le cycle de halving et les flux institutionnels – mais sans le catalyseur réglementaire qui aurait pu déclencher un « super-cycle » d’adoption massive. Les places financières concurrentes – Dubaï, Singapour, Union européenne – consolident leur avance réglementaire et captent une partie des capitaux et des entreprises qui auraient pu s’installer aux États-Unis.
Scénario 2 – Fenêtre inattendue et passage en force (probabilité faible à modérée) : Une désescalade rapide du conflit iranien combinée à une pression croissante de l’industrie tech sur les sénateurs modérés crée une fenêtre législative improbable mais pas impossible avant l’été 2026. Le CLARITY Act, potentiellement amendé pour accommoder les objections de Coinbase sur les stablecoins, franchit le seuil des 60 voix dans un contexte de compromis fragile. Le marché réagit par un rally violent sur l’ensemble des actifs numériques – notamment les tokens de couche 1 qui bénéficient d’une clarification statutaire immédiate – et Scaramucci lui-même reconnaîtrait ce scénario comme la matérialisation du « super-cycle » qu’il appelle de ses vœux à long terme, simplement antérieur à sa prévision de calendrier.
L’ironie est mordante : c’est Donald Trump lui-même – celui qui s’est positionné comme le président le plus pro-crypto de l’histoire américaine – qui, par ses meme coins, ses menaces territoriales et son engagement militaire unilatéral, aurait tué dans l’œuf la loi qui devait consacrer l’âge d’or de la crypto aux États-Unis. La clarté réglementaire tant espérée par l’industrie est peut-être la principale victime collatérale d’une présidence qui prétendait en être le champion.
Loi CLARITY : pourquoi le rêve d’une régulation crypto aux USA vire au cauchemar politique
Après des années d’incertitude, l’espoir d’un cadre législatif clair pour les actifs numériques aux États-Unis semble s’évaporer dans les couloirs du Sénat. Le projet de loi CLARITY Act, pourtant adopté massivement par la Chambre des représentants en juillet 2025, se heurte désormais à une hostilité politique croissante. Entre tensions géopolitiques et stratégies personnelles, l’industrie crypto se prépare à une période de turbulences majeures qui pourrait redéfinir la domination américaine sur ce marché.
Anthony Scaramucci prédit l’enlisement du texte face aux fractures du Congrès
L’ancien directeur de la communication de la Maison Blanche, Anthony Scaramucci, livre un diagnostic sans concession sur l’avenir du CLARITY Act dans le paysage législatif actuel.
Selon lui, plusieurs facteurs polluent les débats, à commencer par le lancement de jetons personnels par Donald Trump, qui a laissé un goût amer aux élus démocrates du Sénat. Cette monétisation de l’influence présidentielle freine toute volonté de compromis bipartisan sur un sujet pourtant stratégique pour l’économie numérique nationale.
Par ailleurs, l’engagement militaire imprévu en Iran et les demandes budgétaires colossales de 200 milliards de dollars saturent l’agenda du Congrès. La priorité accordée à la défense relègue mécaniquement la régulation des actifs numériques au second plan, rendant un vote avant les élections de mi-mandat de 2026 hautement improbable.
Scaramucci souligne que sans ce cadre légal, les jetons de couche 1 comme Solana ou Avalanche resteront dans une zone grise juridique permanente. Cette situation bride l’investissement institutionnel à grande échelle et maintient une volatilité artificielle sur des actifs qui auraient pu bénéficier d’une clarté statutaire immédiate.
L’exode des capitaux vers l’Europe et l’Asie s’accélère face au vide juridique
Pendant que Washington s’enlise dans des querelles partisanes, le reste du monde avance à grands pas pour capter l’innovation blockchain mondiale.
L’Union européenne, avec son règlement MiCA, ainsi que Singapour et les Émirats arabes unis, disposent déjà de cadres institutionnels robustes et attractifs. Cette avance réglementaire internationale transforme l’inaction américaine en une opportunité inespérée pour les places financières concurrentes qui attirent talents et capitaux.
Même les géants du secteur, comme Coinbase, manifestent des réticences face à certaines clauses du projet de loi actuel, craignant pour leurs revenus liés aux stablecoins. Cette fragmentation interne de l’industrie offre une excuse idéale aux opposants politiques pour bloquer le texte sans paraître anti-innovation aux yeux du grand public.
Les marchés de prédiction reflètent cette incertitude, avec des probabilités de passage qui chutent de semaine en semaine. Le risque de stagnation structurelle aux États-Unis pourrait durer plusieurs années, forçant les entreprises américaines à s’expatrier pour obtenir la sécurité juridique nécessaire à leur développement.
Bitcoin Hyper : la résilience technologique face aux blocages administratifs

Au milieu de ce chaos législatif, des solutions innovantes comme Bitcoin Hyper tirent leur épingle du jeu en offrant des performances techniques supérieures.
Grâce à sa capacité de traitement ultra-rapide, Bitcoin Hyper s’affranchit des lenteurs habituelles pour devenir un outil de choix lors des pics de volatilité. Cette supériorité opérationnelle garantit aux utilisateurs une fluidité exemplaire, indépendamment des décisions politiques prises à Washington ou ailleurs.
Le protocole séduit de plus en plus car il incarne une forme de souveraineté technologique qui ne dépend pas d’un tampon administratif pour fonctionner. Investir dans l’écosystème Bitcoin Hyper permet de s’exposer à une technologie de pointe capable de résister aux pressions réglementaires les plus fortes.
Alors que le réseau principal peut souffrir de congestion en période de crise, Bitcoin Hyper maintient des frais bas et une efficacité constante. Le succès grandissant de cette infrastructure prouve que l’innovation trouve toujours un chemin, même lorsque les législateurs font défaut à leur mission de clarté.
Les crypto-actifs représentent un investissement risqué.
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