Vitalik Buterin ne se contente plus de défendre la vie privée dans des conférences. Il met aussi de l’ETH sur la table. Le cofondateur d’Ethereum vient d’envoyer environ 760 000 dollars en ETH à deux applications de messagerie axées sur la confidentialité : Session et SimpleX.
Ce geste n’arrive pas par hasard. Les débats sur la surveillance numérique et le contrôle des communications explosent, tandis que la communauté crypto cherche encore des outils vraiment cohérents avec son discours sur la liberté.
Deux messageries extrêmes sur la vie privée
Selon Buterin, les messageries chiffrées comme Signal restent essentielles pour notre vie privée. Cependant, elles ne suffisent plus. Pour lui, les prochaines étapes clés sont claires : création de comptes sans permission et protection renforcée des métadonnées. Ces données invisibles, qui révèlent qui parle à qui et à quel moment, trahissent souvent bien plus que le contenu lui-même.
Il a donc envoyé 128 ETH à Session et 128 ETH à SimpleX. Ainsi, il soutient deux approches différentes d’un même combat : chiffrer les messages, mais aussi brouiller toutes les traces autour. Session veut limiter au maximum les informations techniques qui accompagnent une conversation. Pas de numéro de téléphone, pas de compte lié à une identité classique, et pas de serveur central évident à attaquer.
Free speech requires no permission, no registry, no proof of who you were before you got here.
— Session (@session_app) November 28, 2025
De plus, Session s’appuie sur un token, SESH, qui a vu son cours exploser après l’annonce du don. Ce détail montre que le marché reste très sensible à tout ce qui touche à la confidentialité. Toutefois, cette dimension spéculative ne doit pas faire oublier l’enjeu principal : proposer un outil que l’on peut utiliser sans se transformer en produit marketing.
SimpleX suit une autre voie. L’app refuse d’attribuer un identifiant permanent à l’utilisateur. Chaque relation, chaque groupe, repose sur des éléments distincts. Ainsi, il devient plus difficile de reconstruire le graphe social d’un utilisateur. L’équipe prévoit aussi un système de « vouchers » que les utilisateurs achèteront pour soutenir les communautés qui hébergent des serveurs, comme celles autour de Bitcoin. Par conséquent, l’infrastructure doit rester plus décentralisée et moins dépendante d’un acteur unique.
Buterin reste pourtant très prudent. Il rappelle que les deux logiciels sont encore loin d’être parfaits. En effet, la décentralisation complique la gestion d’une bonne expérience utilisateur, surtout quand tout le monde exige une synchro fluide sur plusieurs appareils. C’est pourquoi, il insiste sur la difficulté de combiner métadonnées protégées, résistance aux attaques Sybil et aux attaques par déni de service, le tout sans imposer un numéro de téléphone.
Une guerre ouverte autour de la messagerie privée
En toile de fond, la bataille dépasse largement le cadre technique. De plus en plus de gouvernements testent les limites du chiffrement. Au Royaume-Uni, des mesures demandent déjà de montrer une pièce d’identité pour accéder à certains contenus en ligne. En parallèle, l’idée d’une identité numérique unifiée progresse. En Europe, un projet comme « Chat Control » a fait couler beaucoup d’encre, car il ouvrirait la voie à l’analyse systématique des messages sur des plateformes type Telegram, WhatsApp ou Signal.
Pour de nombreux acteurs de la privacy, ce n’est pas seulement une question de régulation. C’est, plus profondément, une question d’expression personnelle. Ainsi, des responsables de Session expliquent que sans confidentialité réelle, les utilisateurs finissent par s’autocensurer. On n’ose plus parler politique, intimité, argent ou santé, de peur que tout soit un jour réutilisé contre soi.
De plus, ils soulignent que la plupart des gens ne comprennent pas ce qui se joue en arrière-plan. Les services gratuits paraissent pratiques. Toutefois, ils reposent souvent sur un modèle où chaque clic, chaque message et chaque contact nourrit une gigantesque base de données publicitaire ou sécuritaire. C’est pourquoi ces projets veulent rappeler une idée simple : on n’est pas obligé d’être un produit.
Buterin, lui, a déjà montré par le passé qu’il finance volontiers des initiatives alignées avec les valeurs d’Ethereum. Il a aussi soutenu des causes plus larges, loin des questions purement techniques. Dans ce cas précis, il affirme que les problèmes posés par la messagerie chiffrée décentralisée nécessitent beaucoup plus de regards. Aussi, il appelle implicitement développeurs, cryptographes et designers à se pencher sur ces sujets.
Source : X (Twitter)
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