Cette semaine, Balancer, la plateforme d’échange décentralisée a pris une décision peu conventionnelle pour récupérer les 116 millions de dollars volés. Elle a proposé par le biais d’un message sur la blockchain, au hacker de rendre les fonds en échange d’une prime de 23 millions de dollars. Négocier avec les hackers se fait de plus en plus souvent dans le monde de la DeFi et s’avère parfois plus efficace que d’engager des poursuites judiciaires.
Une erreur qui coûte cher à Balancer
En début de mois, des hackers ont exploité une vulnérabilité subtile sur des pools de liquidités de Balancer. L’attaquant a simplement exploité une erreur d’arrondi dans la logique de calculs des swaps permettant d’empocher le butin.
Pour rentrer un plus dans le détail, le hacker a enchaîné plus de 65 micro-swaps au sein d’une seule transaction. Chaque échange a entraîné une perte de précision cumulée, dévaluant artificiellement le prix du token de Balancer.
L’exploitation de cette faille a affecté non seulement Balancer, mais aussi 27 forks du protocole sur plusieurs blockchains, dont Ethereum, Base, Polygon et Arbitrum. Plus affolant encore, Balancer avait réalisé 11 audits différents pour vérifier les vulnérabilités de la plateforme. Fait étonnant, ils n’ont rien détecté.
L’auteur des faits a bien évidemment utilisé Tornado Cash, un service de mixage de cryptomonnaies pour couvrir ses arrières. Conor Grocan, directeur chez Coinbase a déclaré :
L’attaquant semblait expérimenté : il a alimenté son compte avec 100 ETH et 0,1 Tornado Cash sans aucune faille de sécurité opérationnelle. Cela indique probablement que l’auteur de l’attaque avait perçu des gains issus d’attaques précédentes.
Négocier pour atténuer les risques
Plutôt que de s’engager dans une éternelle bataille juridique, Balancer a opté pour une négociation financière, une stratégie courante dans la gestion des hacks liés à la finance décentralisée. La plateforme a donc envoyé un message sur la blockchain fixant ce week-end la date limite pour la restitution des fonds, en échange d’une prime de 20 % des fonds volés et d’une promesse de non-poursuite.
Pourtant, à l’heure où ces lignes sont écrites, personne n’a encore accepté l’offre de Balancer. Le hacker a continué de convertir les actifs volés en ETH plutôt que d’entamer des négociations, ce qui laisse penser que soit que la prime est insuffisante ou soit que le hacker est sûr de lui pour blanchir les fonds.
On wednesday, we sent an on-chain message to all known addresses involved in Monday's exploit, following the best practices and offering a path for the hacker to contact us and return the funds.
We understand that affected users are awaiting further updates. We will continue to… pic.twitter.com/alUh4n9C3V
— Balancer (@Balancer) November 7, 2025
L’accélération des négociations pour récupérer des fonds volés via des primes soulève des questions quant à savoir si cela ne permet pas d’inciter d’autres hackers à exploiter des protocoles DeFi. Yu Xian, fondateur de Slowmist observe que :
Choisir d’agir en tant que pirate éthique et réclamer une prime est peut-être la meilleure solution dans ce secteur. Bien sûr, ce processus est complexe, de nombreux points nécessitant une négociation, et s’il est mal géré, il peut rapidement dégénérer.
L’observation de Yu Xian met en lumière l’efficacité du système de primes. Ils peuvent résoudre des incidents plus rapidement que les systèmes juridiques.
L’offre de Balancer au hacker met en exergue un compromis sensible qui défini la sécurité de la DeFi aujourd’hui. Les recours juridiques restent insuffisants pour poursuivre les auteurs d’attaques de protocoles et les primes offrent une certitude de récupération rapide mais incitent les hackers à exploiter les protocoles.
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