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Pour Bpifrance, la France n’a pas à rougir dans la blockchain

Cryptonaute ©

En France, plus de 200 projets blockchain sont en cours et les startups du secteur ont levé 120 millions d’euros. C’est un début, mais encore « trop timide ». Pour Bpifrance, financements, budgets et usages doivent progresser. Et Libra pourrait là aussi jouer les arbitres.

 

Les autorités chinoises ont récemment annoncé un grand plan en faveur de la blockchain. Les Etats-Unis disposent eux déjà de géants dans ce secteur. Cette industrie peut en outre compter sur le dynamisme de ses fonds d’investissement.

Et la France sur cette scène internationale ? Le pilote blockchain au sein de Bpifrance, Ivan de Lastours, souligne que 200 à 250 projets blockchain sont en cours en France. Quant aux startups hexagonales, elles étaient initialement très orientées technologie. Aujourd’hui, une nouvelle génération émerge, plus tournée vers les services ou l’adoption.

120 millions d’euros de financements pour les startups françaises

Pour croître, elles auront cependant besoin de clients et de financements. La Banque publique a à ce jour financé 90 startups blockchain à hauteur de 12 millions d’euros environ. C’est trop peu encore. L’expert de la BPI constate de plus que les dirigeants des entreprises clientes restent peu impliqués dans ces projets.

« Les budgets demeurent toujours trop faibles » commente-t-il. Du côté du capital-risque (VC), la BPI milite pour « des tours d’investissement plus généreux. L’écosystème est encore un peu timide, en particulier en comparaison des Etats-Unis où d’énormes fonds se sont structurés. Tous les VC disposent quasiment de véhicules dédiés » à la blockchain.

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En France, ce secteur demeure traité par les VC traditionnels, dont la compétence en matière de blockchain progresse néanmoins. Ainsi, plus de 25 startups ont bénéficié d’un financement pour un total estimé à 120 millions d’euros.

“Mais c’est encore beaucoup de tours de seed pour des montants d’un million d’euros maximum” reconnaît Ivan de Lastours.

Pour passer un palier, les acteurs français ont besoin de budgets client plus conséquents. Or, estime le responsable de Bpifrance, les usages sont là, même si tous n’affichent pas un niveau de maturité comparable.

Explosion du marché des STO

Les projets supply-chain, traçabilité et trade finance [Ndlr : financement du commerce international] sont ainsi les « plus visibles » grâce à l’existence de grands consortiums. Le potentiel existe dans d’autres domaines néanmoins, notamment pour la gestion de processus entre plusieurs parties « qui ne se font pas confiance. »

Les transferts d’argent suscitent également beaucoup d’intérêt. « Western Union prend encore 7% de commission » note Ivan de Lastours, qui estime que le potentiel est là « pour des services bancaires ou crypto. »

Mais la maturité progresse également sur d’autres usages et secteurs, comme dans les domaines de la santé, du e-commerce, de la relation client, de l’assurance paramétrique et des industries connexes (énergies, déchets…).

Ces industries ne « sont pas liées à la crypto-monnaie, mais peuvent avoir un intérêt à utiliser des formes d’incentives. Dans l’eau et l’énergie, caractérisées par des notions de réseau et de partage de la valeur, les fameuses tokenomics » présentent un intérêt, considère la BPI.

La maturité se développe aussi au niveau technologique. C’est particulièrement vrai pour les STO et la tokenisation des actifs financiers. « Le marché des STO a explosé », en grande partie grâce à la finance programmable.

Les cas d’usage blockchain autour de la confidentialité sont amenés à connaître une tendance similaire d’ici trois à quatre ans. Stablecoin et trading (futures et options) entrent également dans la catégorie des projets en maturation.

Un cadre réglementaire français « pas parfait » mais « évolutif »

Enfin, les cellules innovation des entreprises travaillent sur de nouvelles technologies et de nouveaux usages : ZKP, blockchain data analytics, finance décentralisée, trading appartiennent à cette catégorie dite « early stage » ou naissante.

La gendarmerie nationale travaille d’ailleurs sur une de ces applications, la blockchain data analytics, pour tracer les crypto-monnaies.  « Plusieurs réseaux [criminels] ont été démantelés aux Etats-Unis grâce à l’analyse blockchain » illustre Ivan de Lastours. « Et la sphère publique doit se doter d’une capacité d’analyse. La sphère privée pourrait également le faire » précise-t-il.

Si les projets sont là, l’industrie blockchain française n’a-t-elle pas aussi besoin d’un cadre réglementaire plus favorable ? L’expert de Bpifrance se félicite au contraire de ce cadre, « même s’il n’est pas parfait » il demeure « évolutif » concède-t-il.

L’AMF planche d’ailleurs sur un possible nouveau règlement sur les STO. C’est au niveau européen que l’évolution réglementaire est présentée comme la plus souhaitable. Et Libra pourrait aider les Etats membres à progresser « sur cette tâche difficile. »

Blockchain : la guerre des talents a commencé

France et Europe s’activent ainsi autour du sujet des stablecoins pour des crypto-monnaies européennes. « Le risque, si Libra ne voit pas le jour, c’est qu’on remette le couvercle sur la marmite » commente Ivan de Lastours.

Le débat autour de Libra ne doit pas occulter cependant les autres questions et évolutions nécessaires à l’adoption de la blockchain. Bpifrance prévoit ainsi une « stabilisation des stacks techniques » au cours des prochaines années, mais aussi une hausse des budgets des entreprises utilisatrices, « dont le déblocage est aujourd’hui compliqué. »

“Nous espérons aussi une harmonisation des cadres réglementaires pour permettre de mieux faire du business, d’avoir une visibilité et de ne pas se faire fermer son compte bancaire”, déboire connu de nombreuses startups crypto.

Des éléments perturbateurs sont cependant susceptibles de balayer ces différentes perspectives. Et encore une fois, Libra revient sur le devant de la scène. Le destin de la crypto-monnaie influera directement sur les budgets des grands groupes.

« C’est un secret de polichinelle : plusieurs groupes du CAC 40 discutent avec Libra. » Ils sont en attente. Une sortie de Libra serait « un mini-séisme » et le signe que la course est lancée dans le domaine de la blockchain.

« Entre 80 et 100 développeurs travaillent aujourd’hui pour la fondation Libra. Déjà six excellents français l’ont rejointe, et perçoivent certainement une très bonne rémunération. Il ne faut pas être naïf, la guerre des talents a commencé. Si on veut un peu de souveraineté technologique, il faut pouvoir être apte à cette guerre des talents » prévient Ivan de Lastours.

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