Selon l’étude “Giving Up” (Lee & Yoo, 2025), si autant de jeunes se tournent vers la crypto, ce n’est pas par goût du risque : c’est parce que l’immobilier est devenu hors de prix. Les chercheurs montrent qu’une partie de la génération née après 1990 a déjà abandonné l’idée d’acheter un logement, et que ce découragement les pousse vers la crypto comme dernier moyen d’espérer rattraper l’écart.
L’immobilier hors de prix : ce que montre l’étude
Une nouvelle étude américaine dépeint une réalité bien triste : les jeunes n’arrivent plus à acheter de logements. Les prix montent beaucoup plus vite que les salaires, et les logements « accessibles » disparaissent année après année. Dans de nombreuses régions, même un foyer qui gagne correctement sa vie ne peut plus suivre le rythme conclue l’étude.
Les données utilisées par les chercheurs sont claires : la majorité des états américains qui étaient encore « abordables » il y a dix ans ne le sont plus aujourd’hui. Les salaires stagnent, les crédits coûtent plus cher, et les biens mis en vente sont hors budget. Résultat : pour beaucoup de jeunes, la propriété n’est plus un objectif réaliste, juste un rêve lointain.
Les chercheurs parlent d’un moment où les jeunes lâchent l’affaire : ils font les comptes, et comprennent que ça ne passera jamais. Ils appellent ça le “giving-up threshold”. À partir de là, l’achat n’est plus un projet, mais un projet impossible. Certains arrivent à cette conclusion très tôt, parfois avant 30 ans.
Et ce n’est pas un simple retard. Une partie de la génération actuelle pense vraiment qu’elle ne deviendra jamais propriétaire. Les enquêtes citées dans l’étude montrent que beaucoup de jeunes nées après 1990 s’attendent à louer toute leur vie. C’est une vraie rupture avec les générations d’avant, où acheter faisait partie du parcours “normal”.
Quand on abandonne l’objectif, tout le reste change
Quand l’achat n’est plus une option, le comportement financier change tout de suite. Les chercheurs observent que les jeunes qui renoncent à acheter dépensent plus au quotidien. Ils se font plus plaisir, sortent davantage et arrêtent de mettre de côté pour un objectif qui n’existe plus. Ce n’est pas une folie : c’est logique explique l’étude. Pourquoi serrer son budget si ça ne mène à rien ?
Le constat est clair : les jeunes qui ont “perdu l’espoir” d’acheter investissent jusqu’à 20 à 40 % de plus en crypto que les propriétaires ayant le même niveau de patrimoine, surtout autour de 100 000 à 200 000 $ par ménage.
Le rapport au travail bouge aussi. Sans projet long terme, l’envie de pousser sa carrière baisse. Beaucoup cherchent surtout à préserver leur énergie et leur temps. L’étude décrit un recul de l’effort : on continue de bosser, mais on arrête de “tout donner”. Pas par paresse, mais par réalisme : pour beaucoup, l’effort supplémentaire ne change plus la situation.
La crypto devient un espoir de rattraper l’écart
Et c’est là que la crypto entre en scène. Quand les jeunes voient que l’épargne classique ne suffit pas, ils cherchent un moyen d’avancer malgré tout. Et la crypto, avec ses gains rapides possibles, devient un pari pour tenter de rattraper le marché immobilier. Même si le risque est élevé, l’étude explique que les ménages avec moins de 300 000 $ par an voit les cryptos comme une vraie chance d’améliorer sa situation.
Les chercheurs expliquent que ce comportement est rationnel dans ce contexte. Les jeunes qui ont peu d’épargne n’ont pas grand-chose à perdre si ça se passe mal. Et s’ils gagnent, même un peu, ça peut changer leur trajectoire. C’est pour ça que les locataires se tournent plus souvent vers la crypto que les propriétaires : ils espèrent un coup d’accélérateur que le travail ou l’épargne classique ne leur donne plus.
Deux chemins qui s’éloignent : ceux qui peuvent encore acheter… et les autres
Sur plusieurs années, cette différence crée deux groupes. D’un côté, ceux qui gardent l’objectif d’acheter continuent d’épargner, de faire des efforts et de gérer leur argent avec prudence. De l’autre, ceux qui ont abandonné vivent plus au jour le jour et tentent parfois des paris plus risqués. Les trajectoires se séparent vite, souvent dès la fin de la vingtaine.
À long terme, cela crée un vrai fossé au sein d’une même génération. Les premiers finissent par se rapprocher de la propriété, parfois après des années d’efforts. Les seconds s’en éloignent toujours plus. L’étude montre que cette séparation renforce les inégalités et réduit la capacité des jeunes à construire un patrimoine.
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