ActualitésBlockchainEthereum

Ponts entre blockchains publiques et privées : l’avenir de la blockchain ?

Crédit : BLOCKCHAIN PARIS - Twitter @Blockchain_fra

Pilier de la blockchain en France, ConsenSys développe les usages d’Ethereum dans le monde de la finance et de l’immobilier, comme avec Mata Capital. La société pousse aussi en faveur de l’interopérabilité et de la standardisation, notamment des smart contracts.

 

Tour de contrôle de l’investissement et des technologies en France, Bpifrance recense plus de 200 projets blockchain. En matière d’investissements, l’organisme comptabilise 120 millions d’euros de levées de fonds. Néanmoins, il estime que budgets consacrés par les entreprises et levées de fonds demeurent encore trop timides en France.

ConsenSys, qui emploie 60 personnes dans l’Hexagone, fait un constat similaire. Cofondée par Joseph Lubin, le co-créateur d’Ethereum, le studio blockchain considère cependant que de récentes évolutions permettent d’envisager une accélération du marché.

Mata Capital s’appuie sur la blockchain Ethereum

Matthieu Bouchaud, digital asset lead chez Consensys, en charge plus particulièrement de la blockchain dans le secteur de l’immobilier, cite ainsi le décret d’application du 24 décembre 2018. Ce dernier permet en effet d’inscrire dans la blockchain des titres financiers non cotés.

« Il a permis un élan et énormément de projets, plutôt à l’état de PoC, de passer en production » souligne-t-il.

C’est le cas notamment du projet mené en partenariat avec la société de gestion immobilière agrée par l’AMF, Mata Capital (700 millions d’euros en portefeuille).

“Nous avons procédé à une première tokenisation d’un actif immobilier avec ConsenSys fin août 2019. C’est une opération immobilière située boulevard Victor à Paris, dans le 15e. Nous avons donc procédé à une vente au travers d’une STO à cinq investisseurs professionnels,” précise Baptiste Saint-Martin, responsable du développement et de la structuration des produits d’investissement chez Mata Capital.

Et pour l’entreprise, les « avancées réglementaires » en France ont joué un rôle moteur.

“Nous avons réalisé les opportunités sur le marché, notamment sur la création d’un marché secondaire pour l’apport de liquidités, marché non coté en partie oublié. Nous avons donc décidé de mettre en œuvre plusieurs projets pour créer de la valeur, aussi bien pour les investisseurs que les société de gestion et les autres secteurs du marché” explique le cadre de Mata Capital.

Mais la société de gestion se démarque aussi d’un certain nombre d’autres acteurs de la finance, qui privilégient aujourd’hui des blockchains privées, dites permissionnées. Des avancées ne sont cependant pas à exclure dans ce secteur au cours des prochaines années.

Des ponts entre « deux mondes » autrefois opposés

D’ailleurs, le pilote blockchain au sein de Bpifrance, Ivan de Lastours, observe des rapprochements entre « ces deux mondes », là où auparavant les « oppositions étaient assez vives. » Il reconnaît toutefois que « la blockchain publique comporte les challenges techniques les plus importants en termes de sécurisation et de scalabilité. »

Ces défis ne sont pas insurmontables. Les « meilleurs ingénieurs » se consacrent aujourd’hui à la blockchain publique, souligne Ivan de Lastours. Et un pont entre blockchains privées et publiques est déjà possible et « en principe créateur de business ».

Des entreprises peuvent ainsi opérer une blockchain privée, réservant certaines informations à ses membres. Parallèlement, « à la demande du consommateur », par exemple, des informations sont inscrites sur une blockchain publique.

Ces ponts entre blockchains sont justement l’un des axes stratégiques de développement chez ConsenSys.

“Il y a eu un élan en faveur de la création de blockchains privées par peur d’utiliser des technologies publiques dans lesquelles on gérait très mal la confidentialité et la vitesse” avance Matthieu Bouchaud pour expliquer la situation actuelle.

Des progrès auraient cependant été accomplis dans ce domaine. Conséquence : la frontière ne serait plus aussi hermétique entre public et privé. Pour l’illustrer, le responsable de ConsenSys cite l’exemple d’émissions d’obligations sur Ethereum par les banques Santander et Société Générale. La raison : « elles savent que la disruption se produira sur les chains publiques. »

La blockchain publique utilisée comme « un Internet »

Dans ce contexte de cohabitation ou de blockchain hybride, la société de Joseph Lubin a donc décidé de développer des ponts. Elle exploite pour cela le potentiel d’Ethereum, qui autorise un fonctionnement dans une configuration publique ou privée.

« La blockchain publique peut être utilisée un peu comme un Internet qui relie tous ces intranets » que sont les blockchains de consortium. ConsenSys mise donc sur un paysage composé de nombreuses blockchains privées « permettant d’accélérer les process entre des acteurs d’une industrie. Mais du fait de leur assez forte centralisation, elles utiliseront la blockchain publique pour éviter les risques de cartels (…) et pour toutes interopérer entre elles » décrit Matthieu Bouchaud.

Komgo, une blockchain privée d’entreprises du commerce international (trade finance), pourrait s’aligner sur ce mode de fonctionnement.

“Elle ne se connecte pas encore à la blockchain publique, mais c’est forcément dans leur roadmap” avance le représentant de ConsenSys.

Interrogé lors de la conférence Blockchain 2019 sur une ouverture à la blockchain publique, Frédéric Dalibard, global blockchain coordinator pour Natixis et Komgo, ne confirme pas cependant. La réglementation est présentée comme le frein principal.

“Toutes les applications fortement réglementées doivent gérer l’identité des participants de manière certaine. Mettre en place des blockchains permissionnées nous a semblé préférable jusqu’à présent” justifie-t-il.

Des changements « radicaux » pour les acteurs de la finance

Privée ou publique, la blockchain intéresse quoi qu’il en soit le monde de la finance. « C’est le secteur qui a compris le plus vite que leurs infrastructures allaient être challengées par cette technologie » considère Matthieu Bouchaud, qui prend l’exemple du « post-marché des actions. »

“Un certain nombre d’acteurs servent à limiter le risque de contrepartie. Chambres de compensation, dépositaires centraux de titres… tous ces acteurs existent parce que l’infrastructure est héritée du monde du papier. Et jamais, ils n’avaient eu la possibilité de tous interopérer sur une base de données distribuée commune. Ce sont donc les premiers à avoir compris que les changements seraient radicaux pour eux”

Les entreprises de la finance, mais aussi de l’immobilier, « les secteurs en vogue », auront donc besoin de ponts et de briques technologiques standardisées. Mais plus largement, la priorité pour Matthieu Bouchaud, c’est « une application permettant de créer n’importe quel objet de valeur sur la blockchain en quelques clics. »

“Un grand nombre de développeurs a été réunis autour du produit. Il va falloir réussir à rationnaliser la manière d’écrire les smart contracts pour permettre de les déployer en respectant des standards, que nous avons contribué à définir. Il s’agit d’uniformiser, indépendamment de la blockchain qu’on utilise, le langage, dont notamment le comportement du smart contract, et donc de favoriser l’interopérabilité,” conclut l’expert de ConsenSys France.

Les dernières news :

Commentaires

Laissez une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*