Fuites de messages, traçages blockchain et un stablecoin adossé au rouble : un faisceau d’indices relie désormais un réseau baptisé A7 à des flux en cryptomonnaies destinés à des opérations d’influence en Moldavie, pays candidat à l’Union européenne.
Des chercheurs en blockchain et plusieurs médias décrivent un système où des stablecoins servent à contourner les sanctions avant d’alimenter activistes, sondages et responsables politiques. Les autorités moldaves ont d’ailleurs mené des perquisitions ces derniers jours pour démanteler des financements électoraux en crypto présumés liés à la Russie.
Un stablecoin en roubles au cœur de la controverse
Selon les analyses publiées par Elliptic, A7 est associé à A7A5, un stablecoin indexé sur le rouble, qui a fait exploser les volumes de transferts transfrontaliers depuis l’été. Le 28 juillet, les chercheurs comptabilisaient déjà plus de 40 milliards de dollars de flux cumulés et plus de 1 milliard par jour.
Ce jeton, immatriculé via des structures hors de Russie, fonctionnerait comme une route parallèle pour des paiements que les sanctions rendent difficiles dans le système bancaire traditionnel.
Elliptic affirme par ailleurs que données internes et transactions blockchain relient ce circuit à des opérations de contournement des sanctions et à des financements politiques en Moldavie. Les chercheurs évoquent notamment des paiements en stablecoins et, dans certains cas, en Toncoin.
Le cadre reste donc sensible. Il n’existe pas de preuve publique irréfutable d’un ordre venu du Kremlin, mais les analystes jugent invraisemblable que Moscou ignore l’existence d’un réseau d’une telle ampleur.
🚨 $8 billion in stablecoin transactions linked to Russian sanctions evasion and election interference 🚨
Elliptic’s analysis of the A7 data leaks has identified wallets tied to sanctioned Moldovan fugitive Ilan Shor and a network of businesses supporting pro-Russian operations… pic.twitter.com/tCPIBcXXGt
— Elliptic (@elliptic) September 26, 2025
La Moldavie sous tension avant le scrutin
À quelques jours d’un scrutin décisif, l’Agence nationale anticorruption de Moldavie a mené plus de trente perquisitions et interpellé au moins une personne dans une affaire de financement politique présumé en crypto. Les enquêteurs parlent de blanchiment et de corruption électorale.
Les autorités ont déjà mis en garde contre des tentatives d’ingérence russes et la commission électorale a, dans un autre dossier, écarté un parti prorusse du scrutin. Ces mesures s’ajoutent par ailleurs à une vague de désinformation alimentée par des outils d’IA.
Le débat a d’ailleurs quitté la sphère technique pour la sphère politique. L’eurodéputé Siegfried Muresan a relayé sur X les accusations de réseaux de financement via crypto et banques russes pour acheter des voix et financer la propagande. Le message résume l’inquiétude européenne grandissante face à des circuits de paiement difficiles à endiguer par les contrôles traditionnels. Cette problématique s’inscrit dans un contexte plus large où la Russie explore activement l’usage des stablecoins pour contourner les sanctions.
This is not a Netflix series – it’s happening right now in the Republic of #Moldova. 🇲🇩#Russia is pouring hundreds of millions of euros into influencing the elections next Sunday: funding networks via crypto and Russian banks to bribe voters, spreading propaganda and…
— Siegfried Muresan 🇷🇴🇪🇺 (@SMuresan) September 22, 2025
Des antécédents côté sanctions
Le nom d’A7 s’inscrit dans un écosystème déjà ciblé par Washington. En août, l’OFAC a sanctionné des entités liées à Garantex et Grinex, accusées d’alimenter l’économie souterraine russe et d’utiliser des stablecoins comme USDT pour échapper aux contrôles. Des notes de Chainalysis décrivent aussi comment le jeton A7A5 aurait servi d’instrument de compensation et de règlement après la fermeture de plateformes. Ces travaux donnent un contexte technique à ce que l’on observe aujourd’hui en Moldavie.
Elliptic évoque en parallèle des acteurs déjà sanctionnés, comme l’oligarque moldave Ilan Shor, identifiés par le passé pour des campagnes d’influence. Des portefeuilles liés à l’écosystème A7 auraient traité environ 8 milliards de dollars en stablecoins depuis début 2024, une partie servant à structurer outils et applications de mobilisation politique.
Pourquoi cela compte pour l’Europe
Moldavie ou pas, l’enjeu déborde ses frontières. Cela complique la détection en temps réel par les banques et les autorités. Les opérations menées cette semaine montrent toutefois que l’outil judiciaire s’adapte. Les perquisitions en Moldavie visent explicitement des flux crypto.
Elles s’appuient sur des saisies, des analyses blockchain et des coopérations avec des partenaires occidentaux. Le fond du sujet tient donc à l’univers de la cryptomonnaie.
La crypto est en effet une couche de paiement neutre qui sert aussi bien les entreprises légitimes que les acteurs malveillants. Les fuites A7 ne condamnent pas l’outil en soi. Elles rappellent que les démocraties européennes doivent intégrer l’analyse blockchain et la coopération transfrontalière dans leur boîte à outils électorale. La partie se jouera moins sur les déclarations d’intention que sur la capacité à relier adresses, flux, prestataires et bénéficiaires, puis à agir rapidement quand la preuve est là.
Source : Elliptic, Chainanalysis
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