Sam Bankman-Fried tente un come-back narratif. Un nouveau document publié via son ancien compte X relance sa thèse : FTX n’aurait jamais été insolvable. Ainsi, il accuse l’équipe de faillite d’avoir détruit de la valeur et retardé les remboursements.
« FTX n’était pas insolvable » : la version Bankman-Fried
Selon ce texte, FTX et Alameda traversaient une crise de liquidité, pas une banqueroute structurelle. Bankman-Fried soutient qu’au début de novembre 2022, le groupe affichait 25 milliards de dollars d’actifs et 16 milliards de « valeur d’equity ». Par conséquent, l’exchange aurait pu faire face aux retraits, y compris aux 8 milliards de demandes urgentes qui ont déclenché la panique. Il affirme que la situation devait se résorber « d’ici la fin du mois ».
Dans sa note de 14 à 15 pages, l’ex-CEO avance que des décisions externes ont précipité le naufrage. D’après lui, les avocats mandatés ont pris le contrôle, imposé la procédure, puis « décimé » l’entreprise. De plus, il accuse l’équipe de faillite d’avoir vendu des actifs sous le prix du marché et d’avoir détruit 7 milliards de dollars liés au FTT. Il évoque encore près d’un milliard de frais payés à des consultants.
[SBF says:]
This is where the money went. https://t.co/HVRwEw5Z1k https://t.co/5DrA13L5YE pic.twitter.com/O6q77DvmTn
— SBF (@SBF_FTX) October 31, 2025
Toujours selon ce document, si FTX et Alameda avaient survécu, leurs positions vaudraient aujourd’hui environ 136 milliards de dollars. Il cite notamment des participations théoriques : une mise de 14,3 milliards dans Anthropic, 7,6 milliards dans Robinhood, ainsi que d’autres expositions, y compris des liens avec Ripple ou un mineur de Bitcoin.
En conséquence, le FTT afficherait une capitalisation « proche de 22 milliards ». Cette reconstruction contredit l’image d’un empire vidé de sa substance. Elle cherche, aussi, à convaincre que « tout » pouvait être remboursé si la direction d’urgence n’était pas intervenue.
Bankman-Fried rappelle qu’il avait déjà plaidé ce scénario pendant son procès. Toutefois, il estime que la cour ne lui a pas permis d’apporter toutes les preuves de solvabilité. Il soutient enfin que la « mise en faillite a causé le désastre, pas l’activité courante ». Cette ligne de défense repose sur un principe simple : il y avait des ressources, mais elles manquaient de cash immédiat au plus fort de la panique.
Les faits qui fâchent : backdoor, bank run et quête de pardon
Cette lecture se heurte à un autre récit, bien ancré. En effet, l’enquête a montré qu’Alameda disposait d’un accès privilégié lui permettant d’emprunter sans limite sur l’exchange. Ce mécanisme a alimenté des positions risquées, soutenues par le FTT, ce qui a fragilisé l’ensemble. Lorsque ces pratiques ont émergé au grand jour, la confiance s’est évaporée.
Un bank run massif a suivi, révélant un trou d’environ 8 milliards de dollars. Ainsi, la justice a condamné Bankman-Fried en 2023 pour fraude et complot. Il purge une peine de 25 ans et a fait appel.
La note vise aussi l’administration de la faillite menée par John J. Ray III. Elle l’accuse d’avoir « survendu » l’insolvabilité et d’avoir sous-estimé des actifs. Cependant, les détracteurs de SBF rappellent qu’une entreprise peut afficher des valorisations élevées sur le papier et manquer de liquidités en temps de crise. C’est pourquoi la liquidation privilégie la récupération rapide et la réduction des risques, quitte à céder des positions avec une décote.
Sur le terrain politique, l’offensive se poursuit. Bankman-Fried et ses proches affirment depuis des mois qu’il a été condamné à tort. Ils militent, en outre, pour un pardon présidentiel. Le débat s’enflamme régulièrement : certains soutiens prétendent qu’il s’agit d’un dossier « politique ». D’autres jugent l’argument intenable au regard des faits retenus par le jury. En revanche, l’idée d’une clémence reste du ressort exclusif du pouvoir exécutif, et rien ne garantit une issue favorable.
En définitive, ce texte réécrit la séquence FTX avec un prisme pro-SBF. Il relance des chiffres spectaculaires, et il oppose deux récits incompatibles. De plus, il tente de replacer l’ex-CEO au centre d’une saga où la « mauvaise décision » n’aurait pas été la prise de risque, mais la mise en faillite. Les prochaines étapes se joueront moins sur X que dans les salles d’audience.
Source : X (Twitter)
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