En Espagne, la fiscalité des cryptomonnaies franchit un nouveau cap extrême. Le parti de gauche Sumar veut durcir fortement l’imposition et encadrer par défaut le risque perçu des actifs numériques. Le texte provoque déjà une vive réaction des acteurs locaux.
Un projet de taxe à 47 % et un « feu tricolore » du risque
Classé à gauche, Sumar propose de modifier trois grandes lois fiscales pour y intégrer les cryptos au régime général du revenu. Les gains passeraient du barème actuel de l’épargne, plafonné à 30 %, à un taux pouvant atteindre 47 % pour les particuliers les plus imposés.
Les sociétés seraient soumises à un taux fixe de 30 % sur leurs bénéfices issus des actifs numériques. Le groupe parlementaire, qui dispose d’une vingtaine de sièges au Congrès, présente cette réforme comme une manière d’aligner la taxation des cryptos sur celle d’autres placements risqués.
Le texte demanderait aussi au régulateur boursier, la CNMV, de créer un système visuel de type « feu tricolore » pour classer le risque de chaque cryptomonnaie. Cette signalétique deviendrait obligatoire sur les plateformes d’investissement financier.
🚨 Spain’s Ruling Coalition Moves to Hit Crypto With 47% Tax
Spain’s Sumar party has proposed raising crypto taxes to 47%, classifying all digital assets as seizable, and introducing a mandatory “risk traffic-light” system for crypto platforms.
Critics say the plan amounts to…
— First1Bitcoin (@First1Bitcoin) November 26, 2025
Le but est de mieux informer les épargnants. Il s’agit aussi de décourager le recours à des produits jugés spéculatifs, risqués ou opaques. Ou les trois. Autre point explosif : toutes les cryptomonnaies deviendraient saisissables par le fisc espagnol en cas de dettes, même celles détenues hors des intermédiaires régulés.
Des avocats spécialisés jugent cette ambition irréaliste pour les actifs en auto garde (« self custody »). Par définition, l’Etat n’a pas d’accès technique direct aux fonds. Il doit donc s’en remettre au déclarations de ses contribuables, qui peuvent dissimuler leurs avoirs cryptos.
L’économiste et fiscaliste José Antonio Bravo dénonce sur X une « attaque contre Bitcoin ». D’après lui, elle pousserait surtout les détenteurs à l’exil fiscal plutôt qu’à la transparence.
Entre lutte contre l’évasion et risque de perte d’attractivité
L’Espagne n’en est pas à son premier tour de vis fiscal. L’Agence fiscale a déjà envoyé des centaines de milliers de lettres d’alerte aux contribuables détenteurs de cryptos. Elle prépare l’application complète de la directive européenne DAC8, qui imposera une déclaration poussée des plateformes et portefeuille détenus à partir de 2026.
Ces mesures s’inscrivent dans une tendance mondiale visant à réduire l’angle mort fiscal des actifs numériques. Pourtant, au sein même de l’administration espagnole, certains plaident pour une approche plus nuancée.
Des inspecteurs des impôts ont proposé un régime spécifique pour Bitcoin, avec des règles claires de calcul des plus values par portefeuille. Cela permet ainsi de limiter l’optimisation tout en conservant une certaine compétitivité.
🚨 El Grupo Parlamentario Sumar ha presentado tres enmiendas en el proyecto que transpone la Directiva de la UE sobre criptoactivos que van claramente contra Bitcoin, Ethereum y otras criptomonedas:
1️⃣ Quieren que las ganancias por criptoactivos no considerados instrumentos…
— José Antonio Bravo Mateu (@jabravo) November 24, 2025
Cette tendance punitive voire littéralement confiscatoire, contraste avec le positionnement du Japon. L’archipel nippon tente lui à l’inverse d’alléger la facture fiscale en instaurant un taux forfaitaire de 20 % sur les gains crypto, aligné sur les actions.
Dans un contexte où MiCA harmonise la régulation au niveau européen, la stratégie présentée par Sumar pèsera sur l’attractivité du pays pour les entreprises, les plateformes et les investisseurs individuels.
Si la lutte contre la fraude reste une priorité légitime, une surtaxation ciblée sur les cryptomonnaies peut produire l’effet inverse de celui recherché. Car la nature a horreur du vide et il existera toujours des juridictions plus souples. Une fiscalité trop punitive entraîne des fuites de capitaux vers l’étranger.
Les transactions se déplacent vers des pays à fiscalité plus douce ou vers des circuits plus difficiles à tracer. Cela complique considérablement le travail des autorités et réduit les recette fiscales. Un calcul perdant en bout de ligne pour le pays tout entier.
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