Le Conseil de stabilité financière (FSB) lance l’alerte. Selon lui, le marché crypto, voire même l’économie dans son ensemble, sont menacés par la fragmentation mondiale des règles entourant les cryptomonnaies. Cela crée, selon un rapport publié ce jeudi, les conditions de “défaillances en cascade”.
L’organisme, qui regroupe les régulateurs du G20, met ainsi en garde contre une instabilité croissante du marché crypto évalué à près de 4 000 milliards de dollars.
Des régulations incohérentes et des failles exploitables
Après avoir examiné près de 40 juridictions, le FSB constate des “lacunes et incohérences importantes” dans la supervision des actifs numériques. Ces disparités favorisent une pratique bien connue : l’arbitrage réglementaire.
Uneven implementation of the FSB Global Crypto-Asset Framework creates opportunities for #RegulatoryArbitrage and complicates oversight of the crypto-asset market, which is inherently global and evolving. Our peer review has more: https://t.co/IdgZgErsKF#crypto #stablecoins pic.twitter.com/ieF7sZOf0f
— The FSB (@FinStbBoard) October 16, 2025
Les plateformes crypto ou encore les émetteurs de stablecoins choisissent des pays où les contraintes sont les plus faibles. Ils peuvent ensuite étendre leurs activités à l’échelle mondiale. Cette stratégie leur permet d’échapper à un contrôle strict, ce qui met en péril la stabilité de l’ensemble du marché.
Le rapport souligne égalemennt le manque de coopération transfrontalière, estimant que celle-ci est “fragmentée, incohérente et insuffisante”. Les auteurs citent notamment les divergences de définitions juridiques, les obstacles à l’échange d’informations ou encore l’absence d’harmonisation.
La Banque européenne (EBA) confirme ces constats. Dans un rapport publié le 12 octobre, elle dénonce le “forum shopping” pratiqué par certaines entreprises cherchant à contourner les nouvelles exigences du règlement MiCA, pleinement appliqué depuis fin 2024. Ce comportement, selon l’EBA, affaiblit les contrôles contre le blanchiment et le financement du terrorisme.
Pour John Schindler, secrétaire général du FSB, ces divergences risquent d’amplifier les chocs.
« Nous voulions éviter ces dynamiques ; elles apparaissent désormais clairement », a-t-il déclaré au Financial Times.
Le spectre des défaillances en chaîne
Le rapport souligne aussi la connexion croissante entre les cryptomonnaies et la finance traditionnelle. De grandes banques mondiales sont désormais exposées de manière importante, tou comme les services de conservation liés aux cryptos. Cela a pour conséquence d’augmenter les risques d’interdépendance.
Les stablecoins sont considérés comme particulièrement inquiétants. En effet, leurs réserves atteignent des niveaux comparables à ceux de fonds monétaires ou de petites nations. Cela pourrait provoquer des ventes massives en cas de crise de liquidité. Le FSB avertit que ces mouvements brusques pourraient déclencher des “cascading failures” affectant les marchés mondiaux.
En effet, lorsque la régulation est inégale, la liquidité se déplace vers les zones les moins contrôlées, transformant des chocs locaux en crises globales.
L’Europe se présente ainsi comme en avance sur le reste du monde, explique le rapport. Mais si le cadre MiCA constitue un progrès majeur vers l’uniformisation, son application reste inégale entre les États membres. Une véritable convergence nécessitera ainsi une supervision cohérente et des échanges d’informations renforcés, estiment les auteurs du rapport.
Le FSB appelle désormais les gouvernements à combler les failles identifiées, à renforcer leurs capacités de suivi des risques et à instaurer une coopération bilatérale et multilatérale active.
Dans un marché où la régulation américaine s’assouplit sous la présidence Trump tandis que l’Europe reste prudente, cette divergence pourrait accentuer les tensions.
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